Retour sur Terre

Lundi 25 Avril – Premier jour de stage

Après avoir rêvé du Cambodge et y avoir déposé un premier pied, il a fallu commencer mon stage…

Pour de « vrai »…

Je m’attendais à beaucoup de choses, on m’en avait raconté d’autres, mais évidement la réalité est encore différente, tellement différente. Ma première journée fini, je me suis demandé comment j’allais pouvoir retracer ce que j’avais vu. Tellement de choses me paraissaient indescriptibles, tellement de choses m’avaient choquées, et tellement d’autres me semblaient irréalistes… Mais je vais essayer de dépeindre les choses telles que je les ai vécu, même si il m’a fallu plusieurs jours avant de commencer à écrire ce que j’avais vu.

J’ai donc commencé mon stage le lundi 25 avril 2016 à l’hôpital général de Phnom Penh, le plus grand hôpital de tout le Cambodge. En arrivant sur place avec deux autres étudiants, Camille et Clément, j’observe un ensemble de bâtiments sobres et délabrés, lesquels encerclent une cours arborée et jonchée d’une multitude de déchets. Dans la cours une dizaine de cambodgiens occupent l’espace, ils semblent attendre, certains mangent, d’autres discutent assis au sol, une femme fait sa lessive à la main sur un parterre goudronné. Pendant que nous nous approchons de l’entrée je regarde le bâtiment principal qui est haut de quatre étages. Des balcons longs de toute la longueur de l’édifice parcourent chaque niveau, dessus plusieurs dizaines de personnes arpentent les couloirs et semblent dans l’attente. Nous avons commencé par une visite de l’hôpital, l’ordre de la visite reste très flou dans mon esprit, alors même que ces évènements sont assez récents, je retiens seulement des impressions, tant ce que j’ai vu m’a frappé.

Les immenses balcons que nous avons vu de l’extérieur sont en réalité les couloirs des services de l’hôpital. Alors que nous sommes vêtu de nos blouses blanches nous arpentons les services de l’hôpital, pour le moment en « observation ». Les bacons sont encombrés par quantité de cambodgiens; certains sont couchés dans des lits de fortunes, en bois, d’autres sont à même le sol, je croise un patient qui porte sa perfusion en hauteur, faute de pieds à perfusion pour la transporter. Dans chaque service une douzaine de chambre, dans chaque chambre quatre à cinq lits, tous occupés. Dans le couloir, il y à au moins une dizaine de patients, parfois plus, jusqu’à une vingtaine suivant les services. Je calcule que dans chaque service il y à entre 58 et 75 patients. Chacun d’entre eux est accompagné par sa famille, généralement 3 ou 4 personnes, mais parfois beaucoup plus. Il n’est pas rare que toutes les générations de la famille se massent autour du lit du patient. Quelques chambres sont tellement encombrées qu’on y trouve jusqu’à une vingtaine de personne. Les chambres n’ont pas de porte, pas de séparation entre les lits, un toilette à la turque dans chaque chambre et bien sur, température ambiante cambodgienne entre 33 et 41 degrés. A cela s’ajoute de fortes odeurs de plaies, de nourriture, de pollution de la ville qui ne sont pas arrangée par l’intense et lourde chaleur.

Je suis affecté au service de chirurgie abdominale et thoracique. Je suis présenté à l’équipe. Pour ce premier jour, c’est Meng qui restera avec moi. Elle est l’une des traductrice de l’association. Elle me présente à l’équipe médicale, aux infirmiers. Je salut chacun d’eux avec le salut traditionnel cambodgiens comme me l’a recommandé Meng. On me regarde avec curiosité, on murmure. Meng m’explique que les soins n’ont « pas encore commencés » mais qu’il va être temps de faire les pansements. J’apprends que la matinée est divisée comme tel:

  • Dés qu’ils arrivent les médecins visitent chaque patient et modifient éventuellement les prescriptions et les consignes médicales.
  • Ensuite, une tournée de pansement est effectuée par une première équipe d’infirmiers.
  • Une fois les pansements terminés, une seconde équipe d’infirmier entame une tournée de médicament. Exclusivement des injections intra-veineuse et intra-musculaire.

Si les médecins n’ont pas terminé à tant, où s’ils doivent aller dans un autre service les infirmiers adaptent eux même les nouvelles consignes et les prescriptions.

J’entame la tournée de pansement. Comme il n’y à pas d’endroit dans le service pour se laver les mains, Meng me conseille de mettre des gants. Comme il n’y à pas beaucoup de gants, elle me recommande de ne pas les changer trop souvent. Je regarde l’infirmier procéder. Il utilise des pinces métalliques, certaines un peu rouillées, pour manipuler des compresses pour faire le pansement. Il ne lave pas la plaie, il n’y à pas de savon, et comme il n’a pas assez d’eau pour déterger toutes les plaies il m’explique qu’il faut prioriser.

« On ne peut pas laver les plaies de tout le monde »

Du coup, je fais des pansements. Un peu comme un spectacle. Alors qu’en France la confidentialité est d’ordre, ici le soin se réalise dans le couloir, ou dans une chambre à la vue de tous ceux qui ont envie de s’approcher du patient pour voir, ou assister le soin. Chacun regarde avec attention et avec un immense respect les gestes que je réalise, le tout dans une attente « sage » que j’ai terminé le soin. Lorsque j’ai refermé un pansement je suis respectueusement remercier et lorsque je rentre dans une chambre, les visages se tournent vers moi, on s’écarte pour laisser passer les soignants.

En fin de matinée je n’ai plus de gants, avec la chaleur, je transpire dedans et si je les enlève il m’est presque impossible d’en mettre une nouvelle paire, et comme je l’ai dit il n’y à pas de quoi se laver les mains correctement dans le service. D’une façon général, c’est le manque de matériel et de moyen qui est consternant, plus encore que le manque de personnel. Tant de choses sont à faire avec un regard de soignant occidental, mais les priorités sont tellement différentes.

L’après-midi, les couloirs sont désertés, la chaleur est insupportable sur le balcon et les familles rentrent chez elle. Pour les infirmiers les « soins » sont terminés et les après-midi sont consacrés à l’étude des dossiers et la rentabilisation des compresses. Les compresses qui servent à faire les pansements sont toutes ouvertes et dédoublés en cinq épaisseurs de façon à en faire cinq fois plus. Cette activité occupe quelques heures dans l’après-midi…

 

Prochain article : Mon premier passage au Bloc opératoire !! Inimaginable !!!

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8 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. christine dit :

    C’est complétement FOU!!! Tellement hâte de lire la suite!! courage et plein de bisous.

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  2. Marion dit :

    Il y a vraiment un manque de moyen .. comme dit Cricri c’est Fou.!
    Je trouve que tu as vraiment un don pour l’écriture! c’est passionnant, j’ai l’impression d’etre la bas avec toi!

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  3. marou dit :

    Merci encore pour ce partage très réaliste qui nous permet de rendre conscience de tellement de choses..bon courage Elliot pour la suite que nous attendons avec impatience.Gros bisous

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  4. Michèle dit :

    ton récit est incroyable! on a dû mal à s’imaginer que c’est réel. bon courage. bisous

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  5. Merci beaucoup pour tes explications, on essaye de s’imaginer ce que c’est horrible. Donc ton emploi du temps est vraiment bien chargé. Gros bisous et bon courage

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  6. sylvie dit :

    Je comprends que cela nécessite de grandes capacités d’adaptation !!!! que tu perds tous tes repères et les valeurs que l’on t’a enseigné !!! inimaginables effectivement ces conditions de prise en charge des patients !!! pour un peu tu aurais dû prévoir une valise de SHA !! j’espère que tu as la possibilité au moins de prendre une douche en rentrant de ta journée de travail !!! dans ces conditions on ne peut même pas évoquer la prévention des infections nosocomiales !!!! les patients qui portent plainte en France devraient prendre connaissance de ces conditions de dispensation des soins…..cela permettrait de relativiser certaines choses….mais toute expérience est enrichissante et merci de nous en faire bénéficier !!!!! bisous et bon courage, essaie tout de même de faire passer quelques messages…bisous

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  7. sylvie dit :

    Bon anniversaire, j’espère que tu as au moins prévu un gâteau ! bisous

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