Etre infirmier au Cambodge

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L’infirmier au Cambodge n’a pas froid au yeux, il n’a pas peur de se salir les mains, il vient d’un milieu social aisé, et il agit, dans toutes circonstances il n’hésite pas à agir.

Être infirmier au Cambodge, qu’est ce que c’est ? Quelle conditions de travail? Quelles techniques de travail? Quelle rémunération…. Quelques aspects du métier d’infirmier au Cambodge que j’ai pu appréhender au cours de ces six dernières semaines et que je vais tacher de vous raconter.

Comme toutes les études au Cambodge et particulièrement les études médicales et paramédicales, il faut y mette le prix. De même qu’en France, la formation se fait sur trois ans, composée essentiellement de stages en milieu hospitalier mais aussi de cours théoriques. Elle coûte entre 900 et 3500 dollars US par an suivant si l’école est publique ou privée. Ce prix n’inclut que l’inscription à la formation, il n’inclut pas l’achat de matériel (blouse, gants, masques, charlottes…) qui sont à la charge seule de l’étudiant. A cela s’ajoute les mystérieux frais de droit d’accès au stage. L’étudiant, qui bien sur ne perçoit ni bourse ni rémunération, doit payer son stage à l’hôpital. Pour des raisons obscures le prix du stage dépend de l’âge de l’étudiant. Une fois ces études terminées, l’étudiant doit « acheter » son diplôme pour pouvoir exercer. Lorsque j’ai voulu me renseigner sur le prix du diplôme on m’a simplement répondu « c’est très cher », me donnant l’amer impression d’un prix démesurément indécent ne pouvant être prononcé de façon intelligible.  Le cout total monstrueusement élevé de la formation rend le métier d’infirmier absolument inaccessible au cambodgien lambda issu des campagnes et enfant d’ouvrier, dont le salaire moyen est de 125 dollars US par mois.

Les infirmiers au Cambodge sont donc issus d’un milieu aisé, voir très aisé. Cela ressort dans leur comportement vestimentaire et leur apparence générale, soignée et propre. Le métier est majoritairement masculin, environ six hommes pour quatre femmes. Au Cambodge les parents sont souvent peu enclins à payer des études pour leur fille qu’il faut préparer au mariage et à être bonne avec son mari pour apprendre à le garder (cela fera sans doute l’objet d’un autre article). Le métier semble t-il, tend à se féminiser.

Les horaires de l’infirmier sont assez flous… le temps légal de travail semble finalement peu défini ou simplement mal connu. Globalement en posant quelques questions j’ai réussi à identifier deux types de rythmes de travail.

  • Des gardes de 12 heures consécutives de présences avec un relais équipe de jour / équipe de nuit très similaire à ce qui existe dans certains services en France. L’infirmier peut, semble t-il, enchainer 4 à 5 jours sur ce rythme, avant de bénéficier d’un à deux jours de repos.
  • Des gardes d’une trentaine d’heures consécutives ou l’infirmier prend son poste le matin vers 6h00 et le quitte le lendemain vers 12h. Suivent alors 3 ou 4 jours de repos avant de recommencer.

Il semble que les infirmiers travaillent au moins 60 heures par semaine pour toucher entre 250 et 450 dollars US par mois.

Il ont principalement deux occupations : la réfection des pansements et les injections de médicaments. La plupart du temps, l’infirmier ne semble que vaguement au courant de ce qu’il fait au patient, il arrive qu’il ne se sache pas ce qu’il lui injecte ni même la raison de l’hospitalisation du patient.

Entre 7h00 et 9H00, certains infirmiers préparent la journée à venir, d’autres mangent quelques nouilles ou un bol de riz pendant que les derniers finissent parfois leur nuit affalés sur une chaise.

Vers 9h00 le matin, une première équipe de 2-3 infirmiers, souvent plutôt des hommes, s’attroupent autour du chariot à pansement . Le chariot rouillé roule péniblement dans le couloir-balcon avec un bruit de rouages mal huilé. Devant chaque chambre il s’arrête, les infirmiers préparent dans le couloir un set à pansement en métal, réutilisable. Chacun s’occupe d’un pansement et on passe à la chambre suivante.

Vers 10h30, une autre équipe prend le relai, plutôt des femmes, et commence avec un autre chariot la tournée des injections. Il s’agit d’injection d’antibiotique et d’antidouleur pour la plupart du temps. Un infirmier reste constamment autour du chariot et prépare rapidement et avec agilité la totalité des injections, il ou elle, dispose les seringues sur un plateau rouillé, le tend à un des ses collègue en lui annonçant le numéro de lit du patient pour qui le traitement est destiné.

Vers 11h30 – 12h00, les traitements en cachets sont distribués. Les pharmaciens de l’hôpital ont préparé les traitements de chacun des patients dans des sachets plastiques identifiés, l’infirmier n’a plus qu’à les distribuer au patient. Encore une fois il ne sait pas ce qu’il donne.

Entre 12h et 16h, les infirmiers peuvent semble t-il abandonner le service le temps d’aller dormir un peu dans une salle au frais ou pour aller manger. Certains s’attellent à la lourde et abrutissante tache quotidienne du pliage de compresses. Le rouleau de compresse est découpé en rectangle, chaque rectangle est divisé en deux dans son épaisseur, et replié sur tous ses bords, et plié en deux une nouvelle fois. Les compresses ainsi obtenus sont emmenés pour être « stérilisées » dans un genre de four. Et c’est comme les gâteaux, gare à surveiller la cuisson sinon elles peuvent griller… Et je peux vous dire que c’est pas très pratique de faire un pansement avec des compresses grillées, ou même juste un peu dorées…

Entre 16h et 18h, nouvelle série d’injections, puis nouvelle distribution des sachets de médicaments.

Et la nuit, si vous êtes infirmier au Cambodge, n’oubliez pas votre pyjama, indispensable pour plus de confort, vous trouverez facilement un bureau inutilisé au dernier étage pour dormir tranquillement.

Chaque jour et dans chaque soin, les infirmiers enchaînent les patients en les considérant par leur numéro de lit et par leur pathologie, peu de place au dialogue, parfois, pas même un bonjour, le relationnel n’a pas sa place et il n’est pas encouragé.

Il reste à aborder le propre du soin, j’ai déjà dit beaucoup de choses dans cet article, alors j’aborderai la prise en charge (ou la non prise en charge) de la douleur dans les soins lors d’un prochain article.

A bientôt !

 

 

 

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Florence boucher dit :

    Merci beaucoup. Nous avons hâte de te revoir
    Bisous

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  2. marou dit :

    Merci encore Ellliot pour ce partage d’expérience.Bon courage pour la fin de ton stage..nous attendons ton retour avec impatience..gros bisous.

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